#39 "-Michael Jackson?? Symbole de la décadence occidentale! -Mais pas du tout madame, c’est euuh… Malcolm X!"

Vague d’oppression au pays de la naissante rime persane à l’heure où le Chah chute et les cultures s’entrechoquent, une liberté sépulturée pourtant tant voulu par Marjane, quitte à la pousser à l’exil vers de terres à l’herbe plus verte tel Vienne à un âge jeune mais déjà sage…

Si Marjane Satrapi dévoila ses chemins de vie avec bulles sur papier dans « Persepolis » (2000-2003), Vincent Paronnaud quant à lui aida à y insuffler la magie de l’animation en 2007 dans une œuvre humaniste, humble facette de réalité à la vision marginale de combats de consciences, d’idées et de bon sens dans un monde paradoxalement croyant ou non où le noir et blanc se marie à merveille.

#38 "-Quelle est votre plus grande peur?"

Avide d’une originalité respectueuse du passé, c’est à travers un style puisant dans l’estampe que les studios de la Toei Animation ont pondu l’édifiant et terrifiant « 怪〜ayakashi〜 » (« Ayakashi : Japanese Classic Horror » de 2006) où se marie folklore soleil-levantesque et horreur abracadabrament cauchemardesques, le tout organisé en trois arcs résolument différents.

« L’histoire du fantôme de Yotsuya », adapté de la pièce populaire datant de 1825 de Tsuruya Nanboku, prend sa source dans les estampes ukiyo-e tandis que « La Légende du Donjon » s’inspire de la nouvelle tout aussi populaire de Kyoka Izumi de 1917 où un mortel et une demi-déesse vont se lier envers et contre tout…

Vient ensuite l’arc qui connaîtra le plus franc succès, à savoir « Le Monstre-Chat » de Kenji Nakamura où le charismatiquement peu loquace apothicaire erre à la recherche de démons, le seul moyen de les éliminer de son épée spirituelle étant d’en analyser leur forme, leur vérité et leur raison de hanter…

Suivra alors une année plus tard la série « モノノ怪 » (« Mononoke » ou esprit vengeur) prolongeant le périple aux aspects colorés mais à la trame sombre du mystique apothicaire au noble but, se retrouvant tantôt dans un hôtel au passé de maison close, tantôt dans une mer déchaînée sous la fureur écriée des âmes encore imprégnées d’une de ces douleurs si vive qu’elle ne peut cesser d’être aussi facilement…

#31 "-Ça te va pas cette coupe, elle te ressemble pas. -De quoi j’me mêle?"

Les dieux sont cléments au royaume des âmes, en effet une chanceuse a gagné un retour à la vie dans le corps de Makoto, un collégien de 3ème qui s’est suicidé. Par contre ce n’est pas gratuit, il s’agit d’une mise à l’épreuve de quelques mois au cours desquels il faudra s’intégrer et apprendre des erreurs de l’adolescent et de son entourage, faute de quoi la sentence recommencera!

Maître de la comédie, Keiichi Hara se concentre désormais un peu plus sur le caractère dramatique en son œuvre « Karafuru » (« Colorful » de 2010) par introspection de personnages dans un cadre réaliste sous le regard extérieur d’une âme méfiante subissant la pression de l’au-delà.
Adaptant à sa guise le roman du même nom de Eto Mori, l’essai est plutôt réussi tant une certaine émotion s’en dégage tout au long des séquences, bref un extrait de vie haut en couleur!

#30 "-Trees and people used to be good friends."

La famille Kusakabé vient d’emménager dans sa nouvelle résidence en pleine campagne de Matsugô, riche en paysages et en secrets que les sœurs Mei et Satsuki ne tarderont pas à découvrir au fin fond d’un tunnel menant au havre de paix qu’habite Totoro et ses amis…

D’une mise en scène simple et brillante, « Tonari no Totoro » (« Mon voisin Totoro » de 1988) est une ode à la nature et à un retour à l’authenticité grâce à sa légèreté oscillant aisément entre réel et fantastique sans rompre le pacte de crédibilité tant l’émotion est sincèrement présente.

Hayao Miyazaki magnifie ici le style qu’il avait adopté avec Isao Takahata dans « Panda Kopanda » (« Panda petit Panda » de 1972) à travers une histoire presque autobiographique à l’atmosphère magique orchestrée par Joe Hisaishi.

#25 "-Now, remember son: stay in school, eat your veggies, and burn everything but Shakespeare."

Suite à un imprévu routier, notre ami l’insolite caméléon domestique (à la voix de Johnny Depp) va se retrouver en plein désert, n’ayant plus qu’à suivre son instinct le menant inéluctablement dans une ville du Far West où la monnaie locale, l’eau, se raréfie à un point assez soupçonneux. En s’inventant des facultés de tireur d’élite, Rango devient vite shérif, mais encore faut-il confirmer ses talents…

Datant de 2011, « Rango » de Gore Verbinski est un immense hommage au western, réutilisant la plupart de ses codes tout en apportant un style décalé par des personnages animaliers dans une animation très fluide sortant tout droit des nouveaux studios de George Lucas, le tout accompagné d’un scénario de John Logan visant malheureusement un peu trop à la bienséance, ce qui siéra tout de même au plus grand nombre.

N’oublions pas la bande originale que composa le fameux Hans Zimmer.

#24 "It’s like hell in full bloom!"

En 1995 sort l’omnibus « Memories », étrange ovni d’animation se scindant en trois parties sur une idée originale de Katsuhiro Ōtomo qui s’occupera de la réalisation du dernier métrage « Cannon Fodder », où les habitants d’une sinistre ville (l’image de droite) passent leur temps à entretenir de gigantesques canons pour tirer nulle part, dans un style dessiné aux influences européennes.

D’une toute autre inspiration, « Magnetic Rose » de Kōji Morimoto (l’image de gauche) explore les souvenirs d’une cantatrice italienne repliée dans sa station spatiale à la décoration nettement rococo, le tout dans une atmosphère propre à Satoshi Kon, posant sa patte depuis la direction artistique et sa collaboration pour le scénario.

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Quant à « Stink Bomb » de Tensai Okamura, la question d’une fin du monde accidentelle est posée assez violemment par l’ingestion involontaire d’une pilule chez un jeune scientifique en laboratoire pharmaceutique, le transformant en épouvantable arme biologique et donc créant l’hécatombe à son insu tout en faisant croître et fleurir la flore environnante dans une ambiance délirante de free-jazz signée Jun Miyake.

#21 "Today’s weather is dreamy and will clear up after a sunny, sunny, sunny, sunny day!"

Le rêve. Thème exploité depuis la nuit des bobines! La vision subjective de la caméra rappelant étrangement l’introspection onirique provoquée par sécrétion naturelle de DMT ou bien absorption d’élixirs psychédéliques comme l’ayahuasca.

Ainsi l’effet de réel légendairement ressenti par les parisiens devant « L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat » (des Frères Lumière) s’oppose radicalement au recul des indiens Huni Kuin d’Amazonie devant une image mouvante à la narration discontinue qui leur rappelle plus la représentation d’une vision que celle de la réalité, distinction bien floue que va pourtant distiller sous divers angles le regretté Satoshi Kon dans son dernier long-métrage « Paprika » datant de 2006.

S’immiscer dans ce monde parallèle? C’est le but du prototype DC Mini, petit magnétoscope se glissant sous l’oreiller, matérialisant le rêve en .avi et ouvrant ainsi une sorte de porte dimensionnelle Pandorienne. La science serait-elle encore tombée entre de mauvaises mains? Décidément c’est pas d’chance, mais bon on peut toujours se consoler avec des images vertigineuses dans une danse mentale élastique s’amusant des failles du cervelet…

#9 "Ici les humains n’ont jamais été les bienvenus"

Au bout du tunnel se trouve les thermes divines, lieu de passage d’êtres pour le moins spéciaux…

Plus qu’un simple long-métrage, « Sen to Chihiro no kamikakushi » (alias « Le voyage de Chihiro » de 2001) est une véritable immiscion dans un monde merveilleux, puisant dans l’imaginaire et le mythologique japonais, à travers les yeux de Chihiro, ou l’Alice d’une autre sphère culturelle aux frontières communément humaines.

Il faut souligner le fait que Hayao Miyazaki s’est inspiré de la vie au sein du studio Ghibli afin de métaphoriser visuellement le travail et la fonction dans une lucidité de vision de notre société de par la cohérence d’un univers singulier retranscrit dans ses moindres détails et conférant l’attachement.

La séquence du train se dote d’une poésie envoûtante car racontée à l’image tel un souvenir, les voyageurs sous formes d’ombres et le paysage vide à l’horizon de l’immense océan, un aller simple s’arrêtant rarement, symbole d’une vie au temps fuyant et fruit de l’expérience d’un Miyazaki vieillissant déclarant sa retraite depuis déjà plus d’une décennie sans pour autant avoir la force de mettre le pied hors du wagon.

N’oublions point la splendide bande-son qu’a mijoté Joe Hisaishi, renforçant l’immersion et l’émotion d’un voyage aux allures épiques, sensations garanties devant ce grand chef d’œuvre d’animation.

#3 言わぬが花 (Iwanu ga hana) : Les mots qu’on n’a pas prononcés sont les fleurs du silence

Déjà plus de deux ans que le grand Nujabes s’est éteint.
Producteur & DJ de renom, on lui doit une poignée de perles sonores sorties sur le label japonais Hydeout Productions, avec de nombreuses collaborations (CYNE, Substantial, Uyama Hiroto, Apani B, Terry Callier, Five Deez, Shing02, Funky DL et même C.L. Smooth sur l’album posthume « Spiritual State »).

N’oublions pas non plus sa participation à la bande-son du somptueux anime « Samurai Champloo » de Shinichiro Watanabe accompagné de Force of Nature, Fat Jon (des Five Deez) et Minmi. Il faut savoir qu’il existe là un improbable mais savant mélange entre animation, hiphop, japon médiéval et road movie, donnant goût à un délicieux anachronisme où le mouvement du sabre est sans cesse mis en relation aux scratchs endiablés.

Mais bien au delà des mots, rarement musique n’aura été aussi synonyme d’émotion, de vivacité et de sérénité d’esprit. Un travail de sampling hors paire, un mastering des plus fins, des MCs au flow si smooth, et l’on se retrouve face à une oeuvre qui laisse sans voix, gloire à la vie, la messe est dite.


Répandez la bonne parole mes jazzys apôtres !