#43 « -Find me some clouds! »

the_aviator1

Le scénario de Logan s’inspire librement de la vie du milliardaire Howard Hughes, passionné de cinéma et d’aviation (producteur du Scarface original), qui réalisa en 1930 l’un des tout premiers coûteux blockbusters sonores d’action, à savoir Hell’s Angels où virevolte l’escadrille ricaine (qui donnera son nom au fameux club de motards). Aviator est pour Scorsese une nouvelle occasion d’esthétiser à l’hollywoodienne une Amérique de l’entre-deux-guerres grâce à une couleur et une bande-son des plus soignées où se côtoient Glenn Miller, Django Reinhardt, David Johansen, The Ink Spots ou encore les falloutesques Manhattan Rhythm Kings!

the_aviator4

Mais c’est l’aspect torturé de l’influent personnage diogénien, magnifiquement interprété par DiCaprio, qui sera développé dans ses rapports de plus en plus lointains avec les gens, les malaises s’enchaînant telle l’avant-première de Hell’s Angels où les flashs photographiques éblouiront violemment le solitaire et ses paris risqués, l’esprit semblant déjà en proie à un pilotage automatique…

Publicités

#41 "-Ces bombes humaines n’ont pas de syndicat, pas de famille, rien qui viendra m’emmerder avec des réglements à la con. -Et par ailleurs ils travaillent pour des clopinettes! -Enfoiré…"

La misère est-elle pénible au soleil? Loupe sur Las Piedras au Guatemala, dernière escale de nos aventuriers du bout du monde déchus, même pas un rond pour faire tourner en leur faveur la roue, ou les hélices du transport de retour… Puis voilà qu’un incendie se déclare dans un puits de pétrole à 500 bornes de ce trou, et que la peu scrupuleuse compagnie signe un chèque à trois zéros à qui acheminera les camions de nitroglycérine à bon port afin d’en engraisser les mauvais, une pesée du danger du genre à la légère, « le salaire de la peur » tout simplement selon Henri-Georges Clouzot.

L’intemporelle intrigue en place, le calvaire peut alors commencer pour Mario, Jo, Luigi et Bimba (respectivement Yves Montand, Charles Vanel, Folco Lulli et Peter Van Eyck), invitant tout le monde à retenir sa respiration là où l’effet papillon potentiel s’exponentialise, tension à son comble, son sans cesse stressant, roulement de tambour à rendre sourd et final bluffant à s’en ronger les ongles.

#40 "-I got 18 people in my hotel! Where are they gonna go? -Out."

Une quiétude salement gagnée règne sur Lago, comme en témoigne un certain flash-back parsemant le film où les habitants restent de marbre devant leur propre shérif se faisant fouetter jusqu’à ce que mort s’en suive par des hommes aux ganaches patibulaires, un bien triste règlement de compte.
Hélas pour la populace un étranger (Clint Eastwood) est arrivé et il a l’air d’avoir une sacrée dent contre eux, à l’aide de quelques punchlines bien senties et de quelques balles bien tirées il va même très vite les dominer et les mobiliser à repeindre la ville couleur rouge sang avec un immense banquet en son centre pour accueillir les sombres mercenaires ayant fini de purger leur peine…

S’organise alors une embuscade des plus malignes,  véritable cacophonie vengeresse orchestrée par Monsieur le Diable lui même dans ce western « High Plains Drifter » (« L’homme des hautes plaines » de 1973) où la nature malsaine de l’homme conduira le genre aux frontières du fantastique.

#37 "-Qui peut bien avoir envie d’s’enterrer dans c’pays perdu au fin fond des ours… -Un nouveau Diogène par exemple."

Suite au décès de son père James Moore, Tom débarque dans l’Ouest américain pour s’installer dans l’humble demeure qu’il lui ai laissé. Mais ce qu’il ne sait pas c’est que son père était un bandit tout comme ses compères, et donc d’un style de vie bien différent des manies candides et sophistiquées du gentleman anglais. Il ne manquera plus qu’une histoire de mariage arrangé pour qu’El Magnifico sorte de ses gonds et se métamorphose en héros redouté, le rôle parfait pour Terence Hill!

« E poi lo chiamarono Il Magnifico » (« Et maintenant on l’appelle El Magnifico » de 1972) arrive dans les salles en fin d’âge d’or du western spaghetti, quelque peu avant le fameux « Mon nom est Personne » dans un style décalé empruntant à la comédie populaire sous couvert des codes du genre.
Et c’est ce non-sérieux parsemé qui offre toute sa fraîcheur et son intemporalité au film, assumant ses grossières caricatures et s’amusant de terres hostiles plus si inconnues que ça aux yeux du public…

« Ouais, à l’ouest y a plus rien d’nouveau… »

#34 "-There’s nothing to laugh at!"

Henry Holland (Alec Guinness), écoulant de paisibles jours au Brésil, nous raconte comment lui, ancien convoyeur de lingots, a fait fortune en organisant le plus gros coup de l’histoire du gangstérisme avec l’aide Pendlebury (Stanley Holloway), vendeur peu scrupuleux de petites Tours Eiffel pour touristes…

Dotée d’une course-poursuite d’une durée grotesque, « Lavender Hill Mob » (« De l’or en barres » de 1951) de Charles Crichton jaillit de la vague florissante des films à humour anglais des studios Ealing de l’époque en une multitude de gags grâce au jeu méchamment drôle des acteurs dans un climat à l’aspect pourtant si sérieux!

#33 "-Moi je n’ai aucun talent. -Moi non plus, j’aime juste peindre."

Nourrissant une passion sans limite pour la peinture, Machisu n’a toujours pas vendu une toile arrivé à la cinquantaine… Toujours dans cette quête de soi et d’un style propre à lui, il n’abandonnera pas sa folie créatrice grâce aux encouragements de ses proches. On y découvrira donc son parcours en une analyse plutôt pertinente de l’art, le pourquoi et le comment de la création et la poursuite des rêves.

Takeshi Kitano prolonge sa profonde vision de sa condition d’artiste dans « Akiresu to Kame » (« Achille et la Tortue » de 2008) où le paradoxe est annoncé dans le titre, l’éternel instant où la prédisposition du jeune Machisu né en milieu artistique ne permet pas de rattraper l’inspiration naissante à la source trouble de la tortue aux petits pas constants.

#32 "-People think that pipes grow in their homes. But they sure as hell don’t! Look at my knees!"

Suite à une introduction où l’on compare le macro et le microcosme par fondu-enchainé, Henry Spencer (Jack Nance) est invité chez les parents de sa copine Mary (Charlotte Stewart) pour un repas nourri de malaises violé intimement par la caméra en raccord regard, où le poulet se met à se dandiner tout saignant en totale prémonition à l’annonce d’un accouchement prématuré d’un être visqueux aux contours inhumains…

Sous couvert d’une ambiance musicale froide et industrielle, David Lynch expose sa première vision grisaillée et oppressante du monde où le sous-entendu est finement audible, annonçant le déséquilibre par des notes discordantes et des acteurs guidés par une étrange folie, entre un père déconnecté de la situation et une mère en décalage émotionel.

« Eraserhead » (1977) sollicite ainsi notre imagination dans ses confins les plus sombres, naviguant en eaux troubles dans l’océan de nos peurs jusqu’au port aux lumières aveuglantes, tout est si apaisant les yeux fermés!

#29 "-Three weeks ago I took a bullet out of a man who was shot by a gentleman. The bullet was in his back!"

-Comment transcender les dialogues après quelques années de recul sur le récent cinéma parlant?
-En rapprochant des personnages quelque peu typés au sein d’une diligence en plein territoire ennemi indien bien sûr!

Un shérif, une dame noble, un bandit, une prostituée, un banquier, une jeune femme enceinte, un médecin alcoolique (au passage joué à merveille par Thomas Mitchell), un représentant en whisky et un joueur de poker, le compte est bon!

Tout est réuni dans « Stagecoach » (« La chevauchée fantastique » de 1939) pour redonner un nouveau souffle au western en lui insufflant des codes du genre plutôt classiques et lui ouvrant de nouveaux horizons tel le Monument Valley (l’image ci-dessus) au tout début de l’âge d’or hollywoodien…

Notons aussi le premier grand rôle de John Wayne prophétisé par un malin et précis zoom-regard sous la caméra de John Ford, démarrant la légende avec brio dans un film frais comme une nuit d’été!

#28 "-It’s funny how the colors of the real world only seem really real when you viddy them on the screen."

Ultra-violence, voilà le mot d’ordre pour Alex (Malcolm McDowell) et sa bande sous l’emprise stimulante du lait drogué le moloko+, faisant régner le chaos dans une ville à l’atmosphère futuriste jusqu’à l’incarcération et la mise en cobaye du meneur aux mains de la torture expérimentale et de la vision forcée de montages alliant le choc des images à la douceur de la « Symphonie nº 9 » de Ludwig Van Beethoven, chanson jadis préférée de notre héros en proie au lourd paiement de ses actes ainsi que ceux d’une société aspirant à la grandeur quitte à soigner le mal par le mal…

En résumé « A Clockwork Orange » (« Orange Mécanique » de 1971) est un bijou dérangeant, resplendissant d’un sombre éclat et laissant s’installer le malaise avec en fond sonore de la composition classique interprété avec les premiers synthétiseurs, nourrissant l’univers décadant imaginé par Stanley Kubrick afin d’en récolter le fruit défendu à la teinte bizarrement orangée…

#27 "-The more scribbled the name, the bigger the fame."

Jerry Lewis (lui même dans son premier rôle dramatique), fameux comique américain du petit écran, est souvent harcelé par des hordes de fans mais ce n’est rien en comparaison de sa rencontre forcée avec Rupert Pupkin (qu’incarne à merveille Robert De Niro pour son premier rôle comique), un humoriste raté y croyant dur comme fer et voulant à tout prix passer dans son émission.

Martin Scorsese dresse ici un sombre tableau de la célébrité télévisuelle avec des plans à hauteur d’homme retranscrivant au plus réel ce monde qui travaille tant son image, soulignant les dérives d’un star system quelque peu avant son apogée banalisée.

« King of Comedy » (« La valse des pantins » de 1983) se présente donc au cirque cinématographique comme le clown triste, celui qui oscille entre rire froid et gag violent, ne déplace pas des houles pour son show mais déclenche de francs applaudissements par un final nourri d’une controverse sur la réussite, ses routes et leur conséquences.

Previous Older Entries