#45 : le Tour du Monde en 80 clips de rap francophone !

Retrouvez l’intégralité de l’article (en 2 parties) sur Rap Genius.

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#22 "It’s a show about nothing"

Le concept est pourtant audacieux. Pourquoi à tout prix poser une trame globale doublée d’une morale dans une série si le but est tout simplement de nous faire rire et réfléchir sur les dérives des comportements humains? Un simple appartement où des amis se réunissent suffit amplement à l’atmosphère d’une comédie de situation, plus connue sous l’étiquette un peu péjorative de la sitcom, notamment par l’ajout de rires tout d’abord du public au moment du tournage puis pré-enregistrés, frôlant la caricature du genre et laissant cours aux préjugés.

Mais c’est avant tout la rencontre de deux comédiens Jerry Seinfeld & Larry David qui donnera lieu à un florilège de sketches, « Seinfeld », sur un total de 9 saisons diffusé sur la NBC à partir de 1989, se basant sur des expériences sociales assez ironiques où toute réaction prend des proportions absurdes et tout doute absurde trouve justification par une réaction, une bien fine maîtrise des dialogues qui sera bien plus qu’une inspiration pour certains comédiens actuels que je ne citerais pas en tout bon manque de respect, préférez l’original!

Afin de mieux préciser la nature des scénettes, il faut bien savoir que la nature des personnages composant la série n’est pas des plus gratifiantes ! En effet, entre l’insatisfaite, superficielle et manipulatrice Elaine (Julia Louis-Dreyfus), l’hurluberlu Kramer (Micheal Richards) cherchant toujours à mener la grande vie mais squattant le frigo de son voisin Jerry, et le lâche petit homme chauve George (Jason Alexander) d’une paresse sans égale mais paradoxalement ultra-exigeant envers le monde qui l’entoure, il n’y a plus que Jerry un tant soit peu conscient de la connerie omniprésente, mais loin d’aborder un quelconque ton sérieux il va la combattre en l’exagérant!

« Believe it or not, George isn’t at home. Please leave a message at the beep.
I must be out, or I’d pick up the phone. Where could I be? »

#19 "-Basketball is like poetry in motion, cross the guy to the left, take him back to the right, he’s fallin’ back, then just "J" right in his face. Then you look at him and say : -What?"

Une atmosphère pesante règne chez les Shuttlesworths depuis que le père Jake (Denzel Washington) est revenu de cabane (une bien sombre histoire que celle du meurtre de la mère) une semaine et même plus à la condition d’influencer tant bien que mal le choix d’université de son désormais distant fils Jesus (Ray Allen), nouvel espoir charismatique qu’observe la NBA, dans le but de satisfaire les rangs de l’équipe fétiche du gouverneur, un choix cornéspikeleeun en quelque sorte.

S’opère alors dans ce film « He got game » (1998) une douce symbiose de la caméra et du ballon valsant sous la musique tantôt classique de l’orchestre d’Aaron Copland, tantôt hiphopé de Public Enemy, le tout véhiculant une positivité esthétique couplé à l’émotion suscité par l’état d’une relation père-fils sous énormes pressions, Spike Lee est tout simplement un homme qui a su rendre hommage à ses passions tout en entretenant l’idée d’un changement progressif de l’humanité.

« Now the question is : -Are you ready, for the real revolution which is the evolution of the mind? »
Flavor Flav
évident sample de « For what it’s worth » de Buffalo Springfield.

#18 "-Ah, that’s amazing! -Well, I’m in the amazing business."

En proie à la cécité et la solitude, l’aigri lieutenant colonel Frank Slade (Al Pacino) finissait tristement mais paisiblement ses jours en sirotant son poison aux relents tourbés jusqu’au jour où l’étudiant en classe préparatoire Charlie Simms (Chris O’ Donnell) réponde à une certaine annonce stipulant de s’occuper du vieil homme le temps d’un week-end.

Ainsi dans ce film « Scent of a Woman » (1992) de Martin Brest, l’ancien militaire si grincheux va peu à peu dévoiler son humanité à l’écran, notamment par son romantisme et son humour grinçant, et s’attacher à Charlie en le défendant dans son conseil de discipline où il est accusé de complicité par simple refus de délation, un véritable discours moralisateur envers une institution se mordant la queue, clou du spectacle cinématographique qui ne laissera personne indifférent en vue de sa sincérité frissonnante.

#17 "-Come on, hit me. Harder. Harder. -What the fuck do you want? That’s hard. What are you trying to prove?"

Jake LaMotta (alias Robert DeNiro), boxeur champion du monde au caractère bien trempé, donne son histoire et son surnom au film « Raging Bull » (1980) de Martin Scorsese, qui va en pondre une adaptation des plus édifiantes, usant de plongées, contre-plongées, déformations optiques et changements de tempo au montage pour notre plus grand désir de catharsis.

Le spectateur se retrouve ainsi partagé entre la vision étriquée de l’homme au sérieux penchant pour la violence, ne s’émancipant que sur le ring et développant une paranoïa autodestructrice, et le regard de ses proches, ne comprenant l’éternel soif de conflit de Jake qui le pousse sans cesse aux extrêmes dans ses actes et propos. Mention spéciale à la bande-son emblématique d’une époque.

#16 "Cash Rules Everything Around Me"

Back in the days, novembre ’93 sort le premier album du collectif Wu-Tang Clan, véritable bombe musicale en direct du zoo de Brooklyn où des rappeurs ninjas deviennent incontrôlables et balancent des mots tranchants comme des shurikens dans les oreilles du quartier puis des States, pendant que leur essaim d’abeilles tueuses se met à envahir le monde jusqu’au fatal échec et mat, les disciples ont enfin dépassé les anciens maîtres dans le maniement du braquage sonore.

Composé des MCs GZA, Method Man, Ol’ Dirty Bastard, Raekwon, Ghostface Killah, Masta Killa, Inspectah Deck, U-God et RZA, c’est ce dernier qui s’occupera en majeure partie de la production dans un crew prolifique où tout le monde se fera un nom en solo, bien plus méritant que sur leur casier judiciaire et finement plus personnel qu’une vulgaire carte d’identité.


Quelques plages sonores : « Rainy Dayz », « Tearz » (avec un sample de « After Laughter » de Wendy Rene), « Liquid Swords », « Whatever », « Shimmy Shimmy Ya », etc…

#10 "-You wanna boycott someone? You ought to start with the goddamn barber that fucked up your head !"

Les tensions s’intensifient dans le ghetto américain, vombrissant sous les basses de la chanson « Fight the Power » de Public Enemy et en proie à un déséquilibre oscillant entre racisme latent et capitalisme ambiant, toujours mêmes vecteurs de division des plus démunis.

ddotheright

Profondément ancré dans cette volonté d’une évolution des mentalités vers une meilleure condition des afro-américains, Spike Lee signe ici « Do the Right Thing » (1989), un de ses films les plus revendicatifs toujours à une époque où souffrance est synonyme d’inspiration, parallèlement à la déferlante Hip Hop en pleine recherche de sa représentation cinématographique.

Ainsi sous des airs de comédie dans un quartier aux individus stéréotypés et aux dialogues des plus vivants, l’ambiance générale se dégrade assez vite et confronte les résidents au choix résumé sur les phalanges de Radio Raheem, jusqu’à questionner le spectateur sur la portée de la décision finale de Mookie alias Monsieur Lee.

#8 "As far back as I can remember, I always wanted to be a gangster."

Ainsi commence la narration de la vie de Henry Hill, gangster toujours en cavale joué par Ray Liotta dans un univers new-yorkais respirant les volutes fumantes de cigare cubain, la poudre sans fumée du Beretta « Cheetah » et l’argent sale à plein nez.

Vous l’aurez compris, l’histoire est le point fort dans « Goodfellas » (1990) de Martin Scorsese et ce par un montage des plus rythmés divertissant le spectateur par l’ascension de Henry au sein d’une mafia cultivant le bon goût sur lit de violence, un véritable roman noir défile devant nos yeux brillants de curiosité face à un monde des plus crus où le parrain Jimmy Burke qu’incarne Robert De Niro pense régner sur la ville alors que ce ne sont que Paranoïa et Bas instincts.

#6 "Les questions importantes doivent être traitées légèrement. Celles sans importance doivent être traitées sérieusement."

Avec pour source les pensées samouraïesques de Jōchō Yamamoto (compilées dans l’ouvrage « Hagakure » début XVIIIe), l’assassin au cœur d’or incarné par Forest Whitaker évolue lentement mais sûrement dans les quartiers de New York, observant les gens de son pigeonnier d’où il reçoit les désirs de vengeance d’une mafia qui va bien vite le considérer comme trop dangereux…

« Ghost Dog : The Way of the Samuraï » de Jim Jarmusch (1999) nous plonge dans le profond combat de l’homme pour ses valeurs, tout en s’imprégnant des cinémas western et gangster sous influence du soleil levant, et crée l’esthétique par association d’oxymores dans une moderne métropole où Ghost Dog se sent plus proche du naturel par l’animal et son désir de liberté.

Sous couvert de cadrages flous et de fondus-enchaîné, l’ambiance du long-métrage est également soutenue par la bande-son résolument hiphop de RZA du Wu-Tang Clan (que l’on retrouvait d’ailleurs à boire du thé avec son acolyte GZA ainsi que Bill Murray dans le film précédent « Coffee & Cigarettes ») dans une symbiose à l’image, mariant par le rythme une inspiration new-yorkaise et orientale pour notre plus grand plaisir de soif culturelle.